Zoom sur l’Ethiopie

REPORTAGE

Zoom sur l'Ethiopie

Partage d'une magnifique aventure humaine...

Il se produit des moments magiques

dans ces instants de rencontre

Découverte

Aujourd’hui, le voyage que je souhaite partager avec vous est cette magnifique aventure humaine que j’ai eu la chance de vivre en Éthiopie.

Le voyage, la découverte d’un pays, c’est d’abord et avant tout la découverte des gens. Tous ces hommes, ces femmes, ces enfants qui par leurs caractéristiques culturelles, leur histoire, leur religion, leur caractère créent ce mélange unique d’où émergent, au-delà du continent, les particularités qui fondent les nations.
Voyager c’est donc aller à la rencontre de l’autre, des autres. Il est donc naturel pour un photographe de reportage qui souhaite partager les émotions que lui procure cette découverte de réaliser des portraits et des scènes de vie collective le plus naturellement possible (l’instant décisif !) afin de traduire au mieux ses sentiments.

Parti en voyage de presse à l’initiative d’Ethiopian Airlines dans le nord du pays, d’abord près des chutes du Nil Bleu, puis sur les rives du lac Tana, la mystique Gondar, les Simien Mountains, Axum et enfin la biblique Lalibela, il m’a fallu rapidement trouver une thématique à ce reportage, au risque de ramener des images trop hétéroclites. Cette thématique s’est rapidement imposée à moi à travers les rituels religieux orthodoxes omniprésents qui rythment le quotidien.

Photo reportage Serge Detalle

Monastère d’Abba Libanos sur les hauteurs d’Axum

Photo reportage

Monastère d’Abba Libanos sur les hauteurs d’Axum.

Photo reportage Serge Detalle

Lecture des écritures Saintes au monastère d’Azwa Maryam sur le lac Tana.

Photo reportage Serge Detalle

Offrandes à Dahir Bar.

LE RITUEL

Nous vivons dans des sociétés très individualistes où seuls de grands évènements – match de foot ou 14 juillet – nous réunissent pour une communion collective. L’Éthiopie est un pays mosaïque où vivent des tribus animistes au sud, des musulmans à l’est, quelques juifs (les falachas) et quelques rastafaris auxquels Haïlé Sélassié concéda la ville de Shashamané. Cependant, dans la partie la plus peuplée du pays, dans les régions du nord très montagneuses et arrosées, les Éthiopiens sont chrétiens orthodoxes et la stricte observance des rituels quotidiens une volonté partagée.
J’ai donc très naturellement orienté mon reportage autour de la pratique quotidienne de ces rituels. Et bien que je ne parle pas un mot d’amharique, langue vernaculaire des Éthiopiens, je me suis immédiatement senti partie de cette communauté. Ma mère, personne croyante, est morte 6 mois auparavant et c’était également, pour l’agnostique que je suis, une façon de communier avec elle.

 

Photo reportage Serge Detalle

Cérémonie religieuse à Axoum dans la cour de l’église Edda Maryam.

ÊTRE ACCEPTÉ

Il est toujours beaucoup plus facile de l’être dans des régions où la pression touristique est faible. Et c’est ici le cas, contrairement à ce que vivent dans le Sud animiste les célèbres Murcis, qui ont vu passer tous les reporters et cameramen que compte la planète et ont fait de leurs particularités culturelles une marchandise. Lors des rituels quotidiens qui, pour le plus grand bonheur du photographe, ont lieu très tôt le matin, les gens sont tous vêtus de blanc. J’ai donc choisi de me vêtir de cette « couleur » afin de me fondre et me faire accepter des croyants. Première règle d’or, l’empathie, ne pas heurter l’autre et respecter sa sensibilité. C’est ainsi que l’on peut ramener les meilleures images. Deuxième règle, même si le temps est compté, pas de précipitation. Enfin, je fais toujours savoir à mon sujet que je le photographie et n’insiste jamais si je n’ai pas son acceptation.
Si le temps le permet, l’intrusion initiale de l’appareil photographique finit par se fondre dans l’instant, c’est alors que j’accomplis mes meilleures images.
Dans ces instants de rencontre, il se produit des moments magiques où, au-delà des mots, une intuition de l’autre nous amène dans une connivence de l’instant. Moi qui saisis l’expression que m’offre en don mon sujet ; lui ou elle jouissant de la pesanteur de mon regard. Il passe alors une émotion forte, une vibration partagée. Je n’ai qu’un regret : la perte de mon Polaroid, fabuleux moyen d’échange qui me permettait de donner leur image en retour à ceux qui m’offraient si spontanément une part intime d’eux-mêmes.

LA TECHNIQUE : CHOIX DES BOÎTIERS ET DES OPTIQUES

Afin de limiter l’impact et la déformation relationnelle qu’induit la présence de la caméra, j’ai choisi pour ce reportage des boîtiers peu volumineux tels que l’EOS 5D Mark III et une optique de forte amplitude comme le 24-105 mm Canon qui, malgré une forte aberration de sphéricité, permet avec un seul couple boîtier-optique de traiter la quasi-totalité des angles nécessaires à l’illustration du sujet ; de la scène collective au portrait individuel. Autre avantage de ce type de boîtier : il permet de passer de scènes très lumineuses à des lieux beaucoup plus sombres, grâce à la possibilité qu’il offre de fournir des images avec un bruit acceptable à des sensibilités très élevées (12 800 ISO). Cependant, il est certain qu’aujourd’hui, confronté à la même situation, je choisirais l’EOS 1 DX pour deux de ses caractéristiques majeures : le mode Silencieux, très confortable et moins intrusif, et son rendu exceptionnel à des sensibilités élevées, particulièrement après traitement dans les softwares idoines.